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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 14:48

        Voici ma recette pour teindre en rouge. Pour obtenir une couleur rouge solide qui résiste à la machine, le plus simple est d'utiliser de la racine de garance (Rubia tinctoria ou à défaut l'espèce sauvage: Rubia peregrina): pas d'inquiétude, on peut l'acheter en poudre chez okhrâ (usine Mathieu, Roussillon, facilement trouvable sur un moteur de recherche et vente en ligne), ou bien sous forme de racines chez Sennelier (7 quai Voltaire à Paris): il faut compter environ 15 euros le kilo. qui permet de teindre entre 500 g et 1 kg de laine. La version sauvage (garance voyageuse) peut se récolter dans le Sud de la France et notamment au pied des ceps de vigne car elle résiste même aux desherbants modernes...Reste que l'arrachage des racines qui contiennent les colorants est long et fastidieux...J'avoue cependant préferer le coloris "sauvage" un peu plus rosé que la version cultivée par l'homme.

Voici la recette: tu laves déjà plusieurs fois dans ta baignoire ta laine avec du savon de Marseille (on le trouve en paillettes, toutes prêtes dans les supermarchés...) et de l'eau tiède, afin d'enlever le suint restant de la laine ou les apprêts industriels du tissu.

Tu rinces bien et tu fais sécher. Tu pèses le tissu que tu veux teindre (plus le tissu est grand, plus le risque de marbrure sur la teinture est important, si le tissu est déjà taillé pour la couture, il y a un risque de retrecissement et se retrouver à aller aux fraises...et il faut choisir entre les 2...pas facile...).

Ensuite, il faut préparer le tissu à recevoir la teinture: c'est le mordançage:Il faut deux produits: l'alun (qui ouvre les écailles de la laine) et le tartre (qui permet une meilleure répartition du colorant sur les fibres)

Dans une grande marmite qui peut aller sur le feu (une vieille lessiveuse en fer blanc à la maison fait très bien l'affaire),
tu mets de l'eau tiède (25°) et 20% du poids de tissu à teindre en alun (Si ton tissu fait 1 kg il te faut 200 g d'alun):tu l'achètes en pharmacie sous forme de petits cristaux blancs que tu laisse dissoudre dans l'eau ou bien dans les magasins orientaux sous forme de gros cristaux translucides (la forme des cristaux naturels est meilleure que la poudre des pharmacies qui est un alun de synthèse, agressif pour la laine car avec un pH trop acide)

Tu dissouds ensuite dans l'eau 6% de tartre: là, c'est un peu plus dur à trouver: soit tu as un ami vigneron qui t'aura gardé le tartre qu'il a gratté sur les parois de ses cuves de fermentation (cristaux beige-rosé ressemblant à de la cassonade gumeleuse), soit tu achètes de l'acide tartrique en pharmacie ou en droguerie..

Une fois ces deux produits bien dissous, tu plonges ton tissu de laine dans la marmite et tu commences à chauffer (si le tissu est mouillé avant, c'est mieux)...Tu laisses chauffer jusqu'à la quasi-ébullition en retournant sans cesse (si le tissu est grand, bon courage, c'est lourd la laine gorgée d'eau brûlante...). Tu laisses ensuite refroidir (surtout ne pas le sortir du bain, cela va feutrer...).

Voilà la moitié du travail fait et ton tissu est toujours blanc, mais il est enfin prêt à recevoir la teinture...

Pour teindre à la garance, il vaut mieux de la poudre de racine. Pour obtenir le célèbre rouge garance, je conseille de prendre de 120 à 150 % du poids de tissu en poudre: 1 kg de tissu necessite au moins 1,2 kg de garance (cela dépend de la qualité de la marchandise...). La poudre doit tremper plusieurs heures avant d'être utilisée dans un seau rempli d'eau froide pour "gonfler"...

Le lendemain du mordançage, la marmite est froide: tu peux la vider et essorer grossièrement le tissu. Tu remplis à nouveau avec de l'eau tiède et tu mélanges ta poudre de garance qui "gonflait" dans un seau: ensuite tu immerges dedans ton tissu mordancé.

Ensuite commence la cuisson de la teinture: trois choses à respecter pour être sûr de la réussite:
1)Il faut une eau calcaire (au besoin, raper de la craie ou des os de seiche au dessus de l'eau pour la rendre plus calcaire)
2)Il faut chauffer doucement le bain mais surtout qu'il ne refroidisse pas (le processus de teinture s'arrêterait et tu perdrais le pouvoir colorant de la garance..., ce qui est rageant après tant d'efforts)Pour cela, à la maison, vive le thermomètre du stérilisateur de conserves surveillé du coin de l'oeil...
3)Il ne faut pas bouillir car sinon on vire à un orangé brunâtre: une température maintenue à 80° est suffisante..
le temps de chauffe dépend du feu...il faut surveiller la couleur en essorant une partie du tissu brûlant et en pensant que la couleur vue est toujours plus foncée que le résultat final...

Dernières étapes (ouf!!): laisser refroidir le tissu dans le bain. Là, il est possible de le refaire chauffer à nouveau dans un bain additionné de son de blé: ce deuxième bain, pouvant cette fois ci aller jusqu'à l'ébullition avive la couleur et rend le rouge plus lumineux et moins orangé. Laisser à nouveau refroidir...
rincer très longuement à l'eau (le mieux, une rivière....), faire sécher à l'ombre en évitant de l'essorer (le presser permet de moins le déformer, si on a du temps, le laisser goutter...)

On obtient le fameux rouge mat de la garance, mais avec d'autres étapes finales on peut avoir d'autres couleurs:

--un peu plus rosé: en le sortant de l'eau à 80° (une fois le degré de couleur obtenue) et en le passant dans une autre marmite remplie d'eau dans laquelle il y a un peu de paillettes de savon de Marseille (cette eau doit être aux environs des 80° pour éviter le feutrage). On chauffe cette 2eme gamelle et l'ébullition (cette fois-ci) élimine des colorants fragiles: on rince une fois refroidi: la couleur est plus rosée (c'est le fameux "pied de garance"). De façon générale, un bain d'eau savonneuse est idéal sur une teinture de garance avant le cycle de rinçage. Je l'effectue en général après le bain d'avivage au son de blé.

--cette couleur permet en passant le tissu dans une cuve de bleu (au pastel, très compliqué...) d'obtenir un magnifique violet (le rouge garance de la recette 1 dans une cuve de bleu donne un marron foncé, proche du noir, qui correspond aux draps "brunette" si chers au bas Moyen Age). Le mieux est tout de même de faire l'inverse: un pied de bleu puis teinture à la garance (ce sont d'ailleurs les recommandations techniques dans la plupart des villes médiévales pour obtenir la brunette).

--en faisant la même chose avec du sulfate de cuivre, on tire vers un rouge violacé ou brunâtre

--en faisant la même chose avec du sulfate de fer, on va vers le grenat foncé ou le marron foncé...ces deux recettes sont à éviter, la laine supporte mal ces 2 produits corrosifs..

le bain de garance utilisé peut être à nouveau réutilisé: on obtiendra des tons plus pâles allant jusqu'au rose saumoné ou le pêche...Voilà ma recette, cela peut paraître long, fastidieux, voire pénible mais le rouge garance est sans doute une des plus belles couleurs qu'un teinturier puisse réaliser...et c'est aussi une des plus solides...

        Il y a avec la garance des tas de combinaisons à essayer: on peut faire plusieurs bains avec d'autres produits donnant du rouge pour obtenir des couleurs variées: cochenille, bois de brésil, lichens ...Au Maroc, on rajoute du henné et du brou de noix...Enfin la même recette est valable avec d'autres racines de plantes de la famille de la Garance: les Rubiacées. Au Moyen Age, ou aux époques antérieures, on a pu se servir de racines d'aspérule des teinturiers (Asperula tinctoria), d'aspérule odorante (Galium odoratum), de gaillet ou caille-lait jaune et blanc (Galium verum ou Galium mollugo), de gaillet des forêts (Galium sylvaticum) ou de gaillet du Nord (Galium boreale). Chacune de ces variétés, si elle contient des colorants rouges dans ces racines, ne donnent tout de même pas le même rouge que la garance cultivée.  Il faut en plus savoir que les racines de ces différentes plantes sont beaucoup plus petites que celles de la garance cultivée et que leur arrachage en milieu sauvage est pénible mais parfois aussi sujet à discussion: certaines plantes sont rares et il serait stupide de les menacer encore plus, juste pour le plaisir des yeux : c'était le cas en Ecosse où l'arrachage intensif des gaillets pour le rouge des tartans a failli faire disparaître ces plantes et a abîmé les sols à cause de l'érosion!...



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Published by gregoire le guesderon - dans teinture
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commentaires

caroline 29/04/2013 14:03

Bonjour

J'aimerais savoir si je dois utiliser le même procédé pour teindre de la soie sauvage avec la garance?

Cordialement

Caroline

mirazel 23/07/2009 19:07

Très intéréssant sujet, merci